» Etre mécène, c’est le choix de l’audace, de la générosité et de la solidarité « 

Interview P.Bobet
Que pensez-vous de la démarche mécénat en général ?

Le mécénat, qui se définit comme un soutien matériel apporté à une œuvre ou à une action d’intérêt général sans contrepartie directe de la part du bénéficiaire, fait aujourd’hui l’objet d’un intérêt largement renouvelé de nos administrés. Ce constat positif s’explique notamment par le souhait aujourd’hui plus affirmé des particuliers et entrepreneurs d’être les acteurs de leur ville ou de leur agglomération. Cette forme de participation, certes encouragée et même renforcée par d’avantageux dispositifs fiscaux pour les donateurs, leur permet de s’impliquer d’une manière différente du bénévolat, motivés le plus souvent par une volonté de promotion et de sauvegarde d’un patrimoine culturel ou architectural qui leur est évidemment commune. Cette démarche très citoyenne est d’ailleurs très différente du sponsoring, qui s’inscrit dans les frais généraux d’une entreprise quand le mécénat s’assimile à des frais plus « généreux ». Être mécène, c’est en tous cas faire librement le choix de l’audace, de la générosité et de la solidarité en s’immisçant dans une dynamique collective porteuse de sens et d’avenir, dans une communauté de valeurs entre la collectivité et les donateurs. Si le mécénat se développe aujourd’hui, Bordeaux Métropole peut s’enorgueillir d’être l’une des rares agglomérations à initier, en France, une telle démarche qui s’inscrit aussi dans un contexte financier nettement plus contraint pour l’ensemble des acteurs publics. En générant de nouvelles ressources, nous développons également une nouvelle proximité avec les donateurs, notamment avec le monde économique.

 

 

 

A quelle hauteur, le projet de restauration du pont de pierre va-t-il être financé ?

Le montant prévisionnel de la phase 1 de ce projet est estimé à 11,5 millions d’euros et concerne le renforcement des talus sous-fluviaux. Nous souhaiterions développer un mécénat se situant autour de 10 % du coût de l’opération. Une telle participation serait évidemment remarquable mais elle reposerait alors sur l’attachement des Bordelais, des habitants de la métropole et du département à l’un des édifices les plus marquants de l’environnement et de l’histoire de la métropole régionale. Le pont de pierre, construit sur ordre de Napoléon et aujourd’hui monument historique, symbolise en effet Bordeaux de manière très emblématique autant qu’il est un lien social entre ses deux rives et un trait d’union très affirmé entre ses habitants. Il est donc essentiel d’en traiter prioritairement les pathologies. Sa restauration, dans le cadre d’un mécénat, sera donc assurément l’un de ses premiers projets fédérateurs sur le territoire métropolitain.


Quels sont les autres projets métropolitains qui pourraient être concernés par ce dispositif ?

Un nouveau boulevard, de nouvelles voies de circulation améliorant les déplacements ou un nouveau mode de transport pourraient s’inscrire dans des actions de mécénat. L’idée de l’implantation d’un téléphérique sur les boulevards, dont le coût de fonctionnement, les contraintes d’emprises et les éventuelles nuisances environnementales seraient très limitées, avait d’ailleurs été avancée.

Tout ce qui pourrait concourir à l’amélioration du cadre de vie, à l’attractivité du territoire, à la préservation de notre patrimoine, à la création d’équipements au rayonnement métropolitain, à l’organisation d’évènements ou à l’innovation doit pouvoir faire l’objet d’un mécénat car il est évident que notre agglomération, par sa qualité de vie, suscite probablement plus qu’ailleurs adhésion et fierté de ses habitants.

Quels types de partenaires financiers notre Métropole pourrait être susceptible d’avoir ?

Le panel de mécènes doit être le plus large possible. Aujourd’hui, près d’un Français sur deux est donateur et une participation même très minime des habitants doit être privilégiée. Les entreprises disposent naturellement de moyens financiers plus conséquents et expriment, pour certaines d’entre elles, le souhait d’être associées à des projets locaux d’intérêt général aux côtés d’autres acteurs du territoire. Il est donc nécessaire de sécuriser l’ensemble du dispositif et le périmètre d’acceptation des dons en imposant une éthique. C’est en ce sens que le Conseil de Bordeaux métropole a élaboré et adopté en janvier dernier une charte de ses relations avec les mécènes et donateurs et mis en place un comité de pilotage paritaire et un service dédiés à cette nouvelle mission.